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Interview de Paul Brounais sur l'actualité politique des européennes pour le CCJF

Président de l’agence Deux Quatre, Paul Brounais analyse pour le Cercle des Communicants et des Journalistes Francophones la communication des candidats français aux élections européennes et la communication du Premier ministre Gabriel Attal. Interview.


Les élections européennes auront lieu dans moins de trois mois. Comment analysez-vous la communication politique des campagnes et les affiches ? Quels sont les différents positionnements qui apparaissent ? 


Paul Brounais
Paul Brounais, Président de l'agence Deux Quatre et spécialiste en communication politique

Pour juger des campagnes, encore faut-il s’y intéresser, or celles-ci sont globalement inaudibles. Qui a suivi les débats des têtes de liste ? Qui s’intéresse aux meetings ? Seuls les militants et sympathisants croyant dans les chances de leur candidat.


Quand on rentre dans le détail, on constate que des choses fonctionnent moins que d’autres : la marque Hayer a du mal à s’ancrer dans l’esprit des gens. Difficile de devenir un leader politique lorsque l’on est en manque de notoriété, de charisme et d’incarnation politique. À l’inverse de Jordan Bardella, qui incarne un espoir pour beaucoup, de renouveau et d’une autre voie possible. Ancré dans le débat politique contre Gabriel Attal, cela le conforte dans sa position de favori.


Ce n’est pas sur la communication en tant que tel que les personnalités émergent, mais sur le fond : Raphaël Glucksmann le démontre, lui qui imprime ses idées et porte ses thématiques depuis plusieurs années, à l’instar de François-Xavier Bellamy.



Tant que les affiches officielles ne seront pas côte à côte collées sur les panneaux d’affichage, il sera difficile de dire laquelle est la plus impactante et la plus efficace. Une chose est sûre, une majorité de candidats opteront pour une affiche axée sur la personnalisation et l’incarnation, avec des slogans forts résumant le projet politique. La France Insoumise fera le choix du collectif avec de nombreuses personnes en photos dont Mélenchon. Seule Hayer, en manque de notoriété, devrait partager l’affiche avec une autre personne… le Président de la République.


Si le Rassemblement national obtient le plus de voix aux élections européennes, pensez-vous que l’opinion publique estimera que cet échec est de la responsabilité du Premier ministre ? Pensez-vous que le Président Macron changera de Premier ministre afin de donner une nouvelle impulsion à sa politique ? 


Le Premier ministre n’a aucun rôle dans le résultat des Européennes. Les Français sont en perte de confiance : désintéressés, lassés, désabusés. Le vote du 9 juin n’est qu’un moyen pour eux de faire comprendre, une fois de plus, un mécontentement et une volonté de faire table rase. Ils essayeront ce qui n’a pas encore été essayé, tout cela au crédit de Jordan Bardella.


Sur la question du changement de Premier ministre, difficile d’être dans la tête du Président Macron, bien que deux hypothèses soient probables. La première : une alliance scellée avec la droite et donc une nouvelle personnalité pour incarner cette nouvelle séquence politique. La seconde : une réussite des JO, qui pourrait amoindrir une déroute de la majorité, et un maintien de Gabriel Attal en fonction. Dans tous les cas, une question se pose : qui pour le remplacer ? L’entourage politique du Président ne présente pas un vivier de potentiels Premiers ministres.  


Est-ce que le Président Macron tire un bénéfice au niveau de son image de la nomination et du comportement du Premier ministre Attal ? 


Je le crois. Il était le plus jeune Président de l’histoire en 2017 et il nomme le plus jeune Premier ministre de l’histoire en 2024. L’opinion publique y était plus que favorable et cela permet au Président d’être en phase avec les attentes des Français. Gabriel Attal est brillant, bon communicant, dynamique et très présent. Il devra cependant veiller à ne pas être dans le tout communication et sera attendu sur des résultats. Le Président n’en tirera à mon sens aucun bénéfice politique pour les Européennes.


Avant les européennes, le ministre de la Transformation publique a annoncé que la fonction publique devrait licencier davantage d’agents. Etait-ce opportun ou est-ce une erreur de communication ? 


Notre pays est assommé de dépenses publiques et il est urgent de redresser nos comptes. Si les Français veulent payer moins d’impôts, il faudra naturellement réduire le nombre d’agents. Pas certain que cela ait un impact sur le vote aux européennes.


Agriculture, Éducation, économie… le Premier ministre Attal semble être omnipotent et omniprésent. N’y a-t-il pas un risque pour lui de se positionner et de communiquer sur tous les sujets au lieu de laisser le soin à ses ministres de s’en charger ? 


Très peu de Ministres sont aujourd’hui écoutés. Le fait que le Premier ministre soit présent sur de nombreux sujets permet deux choses : de s’imposer comme Chef du gouvernement et de montrer son implication sur tous les dossiers. Cela rappelle la stratégie de saturation médiatique du Président Sarkozy. Il a raison d’occuper au maximum l’espace médiatique tant qu’il y a de l’attention.


Pour vous, la marque Attal, c’est quoi ? Qu’est-ce qui la caractérise ?


Il prouve qu’en étant jeune, passionné de politique, passionné par la France, on peut devenir en quelques années Chef du gouvernement. Attal c’est un entourage, qui n’est pas sans rappeler la firme autour de Sarkozy, c’est une maîtrise parfaite de sa communication et des formats innovants, c’est une capacité à parler aux plus jeunes et aussi aux plus anciens qui aspirent au renouveau de la classe politique.


Dans de nombreux articles de médias, d’anciens conseillers ministériels de Ministres se disent très surpris, voire critiquent la jeunesse des actuels conseillers communication des ministres alors qu’avant ils avaient une cinquantaine d’années et une longue et solide expérience.  Est-ce que le rôle de conseiller ministériel en communication a tout simplement changé et que les décideurs en matière de communication du ministre ne sont plus les communicants mais les chefs de cabinet, voire les directeurs de cabinet ?


La communication politique est et restera un métier. C’est-à-dire une fibre que l’on a, une expérience, un savoir-faire, une empathie. Le problème actuel est que les personnes en cabinet qui communiquent manquent de hauteur de vue et se mettent difficilement à la place des Français. Peu de ministres sont audibles auprès de la population, peu utilisent des formats innovants, peu ont une communication sincère. Comme en entreprise, beaucoup pensent être de bons communicants, peu le sont vraiment.


Interview réalisée début mai 2024

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